Les bio-plastiques, nouvel eldorado ou nouveaux OGM ?

Par Luis DAMAIA

Alors que nous sommes convaincus que l’avenir  du bassin vichyssois ne peut passer que par une orientation de son secteur entrepreneurial vers les bio technologies . Nous vous présentons quelques éléments de réflexion sur un débouché éventuel de ces nouvelles technologies.

bio-plastique

En pleine crise financière et à l’aube d’une nouvelle augmentation du prix du baril de pétrole (+18% en 1 an et +400% en 10ans), de nombreuses recherches se portent sur les bio carburants et les polymères d’origine végétale appelées biopolymères ou « bioplastiques » comme la cellulose produite à partir de bois, de maïs ou encore l’amidon de pomme de terre. Les bioplastiques issus de la biomasse sont soit d’origine naturelle, soit d’origine synthétique. Les plus connus sont la cellulose, la protéine de soja, l’amidon et les polyesters produits par certaines bactéries. Le remplacement de la matière première fossile par une ressource renouvelable est bien évidemment le principal intérêt de ces bioplastiques.

Les bioplastiques d’origine naturelle sont connus depuis le milieu des années 1900, quand on fabriquait des pièces d’automobile en plastique produit à partir de soja. Aujourd’hui, les produits fabriqués à l’aide de bioplastiques sont par exemple des stylos, des sacs, des couverts, des films alimentaires mais aussi des objets relevant de techniques plus sophistiquées : nano-objets, aérogels (un gel où la composante liquide est remplacée par un gaz ; ce sont des isolants extrêmement performants), capsule pour la libération contrôlée de médicaments…

Aujourd’hui la multinationale américaine Coca-Cola vient d’annoncer qu’elle fabriquerait des bouteilles plastiques plus écologiques fabriquées à partir de canne à sucre et de molasse, un dérivé de la production de sucre. Le plus gros distributeur de boissons non alcoolisées au monde franchit ainsi une nouvelle étape vers des emballages plus respectueux de l’environnement dans le cadre de la lutte contre le changement climatique à travers une meilleure gestion des déchets et des emballages. Alors que les bouteilles plastiques traditionnelles sont fabriquées à partir d’une substance non renouvelable dérivée du pétrole, le groupe indique que près de 30% de ces nouvelles bouteilles écologiques seront composées d’une substance dérivée de la canne à sucre et de molasse d’ici 2010.

En France par ailleurs, la société «Vegetal & Mineral Water» lancera dès cet été la production de bouteilles d’eau en bioplastique recyclable et compostable. Ces bouteilles seront fabriquées à partir de végétaux non transgéniques, tels que du maïs et des pommes de terre. La fabrication de ces bouteilles sera réalisée en collaboration avec l’Ecole supérieure d’ingénieurs en emballage et conditionnement de Reims (ESIEC). Le bouchon de ces bouteilles sera produit à partir de la fécule de pomme de terre tandis que le récipient de la bouteille sera fabriqué à partir d’acide lactique polymérisé (PLA) issu du maïs. «L’incohérence entre la pureté de l’eau et son contenant extrêmement écotoxique m’a toujours préoccupé», indique le fondateur du groupe Vegetal & Mineral Water, Pascal Bastien. Une usine de mise en bouteille est en cours de construction dans la ville de Bourbonne-les-Bains (Haute-Marne), où trois sources d’eau sont propres à la consommation. Cette usine fabriquera à grande échelle les bouteilles en bioplastique.

Ces points forts et les multiples applications qu’il laisse entrevoir ont poussé la Commission européenne à évaluer le potentiel de développement de ces produits. Résultat, la part de marché des bioplastiques en 2010 devrait être comprise entre 1 et 2% et entre 1 et 4% à l’horizon 2020 alors qu’elle était inférieure à 0,1% en 2002. Donc a priori, le marché des bioplastiques devrait certes se développer mais rester faible au regard des plastiques traditionnels qui représentent 4% des utilisations du pétrole. Une étude à paraître, réalisée par le cabinet Alcimed à la demande de l’ADEME et relayée par le quotidien La Tribune, donne en revanche des résultats plus optimistes : à l’horizon 2015, la consommation des bioplastiques dépasserait la barre des 10% et celle des 20% en 2030. Ces incertitudes quant au développement de ces produits semblent dues aux différents scénarios envisagés par les deux études : mise en place ou non de politiques incitatives, état d’avancement des technologies de production des polymères, amélioration des caractéristiques techniques des bioplastiques, etc. Le principal défi des bioplastiques sera donc d’accroître les rendements de production, actuellement trop faibles pour être vraiment rentables économiquement. D’autant que la production actuelle de bioplastiques est consommatrice non négligeable d’énergies fossiles, et qu’ils contiennent des additifs « non renouvelables » qui leur permettent d’atteindre les normes exigées des plastiques communs.

À l’image des biocarburants, les bioplastiques font l’objet d’études globales sur le bilan environnemental de leur cycle de vie, de la production des végétaux à la fin de vie des produits. Mais les résultats ne sont pas unanimes. Une étude récente de Bio intelligence Service réalisée pour Eco-Emballages conclu par exemple que le caractère renouvelable des résines n’apparaît pas comme un atout environnemental fortement affirmé. Seuls certains bioplastiques présenteraient des bénéfices par rapport aux plastiques d’origine pétrolière et ce pour certains types d’emballages. La question de la consommation d’eau lors de la phase de production des résines, notamment l’amidon de maïs, pourrait en effet poser problème. D’autre part, si elle était développée massivement, la production de bioplastiques entrerait en concurrence avec la production classique de végétaux alimentaires et celle de biocarburants. Les surfaces cultivables ne sont pas assez vastes pour tout faire. Une solution intermédiaire, sur laquelle se penchent des chercheurs pour du maïs, consisterait à déconnecter par génie génétique les parties alimentaires de la plante (graines) qui ne produiraient pas de plastiques du reste de l’appareil végétatif (feuilles, tiges) qui, lui, produirait le bioplastique.

Par ailleurs, selon les normes NF EN 134432 et NFU 52-001, un matériau dit « biodégradable » doit être assimilable à au moins 90 % par les micro-organismes en un temps donné, le résultat ultime de cette assimilation étant la production de CO2 et d’eau. Or, au regard de cette définition, il apparaît que certains bioplastiques ne sont pas forcément biodégradables. Inversement, certains matériaux biodégradables ne sont pas forcément fabriqués à partir de ressources renouvelables. Ainsi pour Bernard Hérodin, directeur général d’Eco-Emballages, la situation et encore trop confuse. La définition même des bioplastiques n’est pas claire et les intérêts partent dans tous les sens entre ressources renouvelables et biodégradabilité. Ces deux finalités pouvant au final se contrecarrer. En effet, afin d’améliorer la biodégradabilité ou les performances techniques des bioplastiques qui ne présentent pas encore toutes les caractéristiques nécessaires pour emballer tout type de produit, les fabricants sont amenés à ajouter certains additifs pas toujours issus de ressources renouvelables. Se pose alors la question de la définition de ces bioplastiques : quel pourcentage de ressources renouvelables un bioplastique doit-il contenir pour être défini comme tel ? Doit-il être systématiquement biodégradable ?
Si Eco-Emballages laisse le soin à la réglementation de répondre à la première question, il estime en revanche que la biodégradabilité ne doit pas être un facteur essentiel. Pour Bernard Hérodin, le recyclage s’avère comme la meilleure fin de vie des emballages d’origine végétale car leur tri et leur compostage s’avérera très difficile voire impossible. Eco-Emballages justifie sa position en expliquant qu’il sera difficile pour le particulier ou l’agent de tri de différencier les emballages en bioplastiques des autres emballages et que le compostage de ces bioplastiques ne sera pas aussi facile que celui des déchets fermentescibles même s’ils sont dits biodégradables. Néanmoins, l’entreprise chargée de financer la collecte et le recyclage des emballages prévoit de lancer une réflexion prochainement sur les emballages en bioplastiques avec par exemple des cotisations minorées pour les fabricants utilisant les bioplastiques.

Ainsi, même si pour l’instant la question du devenir de ces produits ne se pose pas encore sur le terrain, le débat est ouvert. Reste surtout à définir correctement ses bioplastiques afin d’éviter des abus de langage à l’image de ce qui a pu se passer en 2005 pour le néosac, annoncé par ses fabricants comme biodégradable alors qu’il n’était que fragmentable sous l’action de la lumière.

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